Matthieu Perruchon

Président Bellecombe Stratégies & Services


Les consultations du FICP nous montrent la vraie tendance de l’octroi de crédit

La Banque de France met à disposition de multiples statistiques concernant l’inclusion financière. Nous les interprétons régulièrement ici, surtout en ce qui concerne les inscriptions au Fichier des Incidents de Crédit des Particuliers (FICP). Il en existe, bien sûr, d’autres. Un nous donne des tendances concernant les octrois de prêt bancaire : c’est le nombre des consultations du FICP.

Pourquoi cet indicateur et quelle est sa portée ?

Il est important de rappeler quelques fondamentaux. Tout d’abord, les établissements habilités à octroyer un crédit, qu’il s’agisse de prêts à la consommation ou de crédits immobiliers ont l’obligation légale de consulter le FICP. Cette obligation est respectée scrupuleusement puisque la jurisprudence veille et gare à la banque qui n’arriverait pas à prouver qu’elle a bien consulté le fichier avant d’octroyer un crédit à quelqu’un qui connaissait des difficultés.

En suivant l’évolution de cet indicateur, on suit donc l’effort des banques pour octroyer un volume de crédits. C’est à la fois la portée et la limite : l’indicateur retranscrit un certain volontarisme (ou non) du système bancaire à octroyer des crédits mais, attention, cet effort, s’il décrit assez fidèlement le taux d’octroi, ne saurait se confondre pleinement avec celui-ci. Et toute confusion serait d’ailleurs fort fâcheuse. On repensera avec effroi aux chiffres des apports d’affaires des courtiers en prêts qui, il y a quelques mois avaient déraillé par rapport aux octrois, la rémunération de l’intermédiaire faisant échouer à elle toute seule la demande du fait d’un taux d’usure particulièrement bas.

Autre point important : on parle ici de consultations en vue d'octroyer un crédit. C’est donc une vision unitaire, dossier par dossier, que transcrit l’indicateur et non une vision de masse, comme peut l’être l’évaluation d’un volume d’encours. Il est cependant intéressant de comparer les deux pour vérifier la cohérence générale de notre analyse.

Cet indicateur est-il fiable ?

Il en existe en fait deux versions : l'un concerne les crédits immobiliers et, l’autre, les crédits à la consommation. Cette summa divisio n’est pas pleinement satisfaisante, il faut faire attention. En effet, si la catégorie des prêts immobiliers est loin d’être aussi homogène que l\’on peut le penser, elle peut toutefois être prise, de loin, comme un tout. Pour les crédits à la consommation, c’est une autre histoire. Cette catégorie englobe en effet des produits très divers, par toujours réglementés de la même manière, de montants moyens et de durées très différentes. Ceux qui nous lisent depuis quelques temps se souviendront peut être d’un article de début d’année 2022 dans lequel nous relativisions la production haussière de crédits à la consommation de 2021 car elle était surtout constituée de comptes débiteurs ordinaires (autrement dits : de découverts bancaires).

Cependant, si l’on a bien en tête les limites et imperfections de cet indicateurs pour suivre la tendance de l’octroi de crédit, force est de reconnaître qu’il demeure fort utilisé car relativement fidèle aux courbes de l’octroi. On peut donc deviner les grandes tendances de l’octroi du trimestre avant que les chiffres officiels des établissements bancaires tombent (lorsqu'ils tombent).

Que nous dit cet indicateur de la situation actuelle ?

L’indicateur, dont on rappelle qu’il est double, est à la hauteur de nos craintes en termes de crédits immobiliers : au T1 2023, il baisse d’un tiers comparé à l’année précédente, au T2 il baisse de 34% comparé à 2022 et, au T3, il baisse de 43% toujours par rapport à l’année précédente. Ces baisses ne sont pas cumulatives, elles doivent être vues sous un angle moyen pondéré : la baisse annuelle globale est, à ce jour, d’un peu moins de 37 % comparé à l’année dernière.

Ce chiffre qui nous paraît corroboré par l’annonce de la Banque de France du 5 octobre dernier, laquelle faisait état d’une production de moins de dix milliards d’euros d’encours de crédits à l’habitat. C’est environ 40% de moins que la production de l’année 2022.